dimanche 3 mai 2009

Oune pitite pièce pour la mousique siouplé (MyMajor et Compagnie)

L'espoir fait vivre. L'espoir de vivre dans un monde meilleur, plus équilibré, plus équitable, plus juste, plus beau, plus propre, et surtout, surtout, pour nous mélomanes, enfin débarrassé des ces pieuvres sadiques que sont les ignobles « majors », maisons de disques multinationales et tentaculaires qui ne font rien qu'à exploiter les pauvres petits artistes venus de leur plein gré leur vendre, en échange d'un gloriole incertaine, âme, corps et promesse d'un nombre variable d'albums. C'est ça ou la rue.


Mais, comme vous le savez, avec Internet, jamais la révolution n'aura été aussi facile. La claque dans la face des puissants de ce monde est désormais à portée de clic. Alors que les valeureux guérilleros du piratage mènent leur infatigable travail de sape en détournant par mules et torrents ces œuvres, injustement appropriées, vers la liberté et les masses qui peuvent enfin s'adoucir les mœurs pour la modique somme de que dalle, d'autres camarades s'occupent de bâtir un Ordre Nouveau qui viendra remplacer l'ancien, une fois que celui-ci aura fini de pourrir sur pied dans le pus de sa décrépitude.

Et ceux qui auraient pu en douter doivent bien se rendre à l'évidence : l'avatar de cette Alternative, MyMajorCompany, a accompli l'année dernière son premier coup d'éclat. Dorénavant, l'expérience du one-hit-wonder Gérard – ou était-ce Georges ? – et de son combo chanson+formule de l'amour nous le prouve bien : non, nous n'avons pas besoin des majors (pouah, beurk) pour nous vendre de la soupe. Maintenant, le public peut payer de sa poche pour mitonner sa propre soupasse pop qu'il vendra ensuite dans des boîtiers cristal entre les aspirateurs et l'intégrale des 25 saisons de Derrick, dans l'hypermarché le plus proche de chez vous. Même pas besoin de réchauffer après déballage : le potage est déjà tiède, comme chez les Grands.

Même Pascal Nègre est préoccupé. Ah non, on me souffle qu'il tire cette tronche à cause de Bashung.

Pendant ce temps, en surfant encore un peu sur le net libre en attendant HADOPI, on peut choper la mauvaise vague et échouer sur ça :



Bon, à première vue, rien de tellement grave : un petit moment de moquerie facile devant un amateur parmi tant d'autres ayant choisi de s'exhiber sans complexe et dont on ne retiendra que la totale incapacité à faire ne serait-ce que semblant de jouer de la guitare et les magnifiques couettes. Mais, si on a la curiosité de creuser un peu, on affiche les statistiques de la vidéo, on remonte à la source et on tombe sur ça :

http://www.akamusic.com/merlin

Et là, on se rend brusquement compte que cette vidéo n'est pas un simple caprice réalisé pour tromper l'ennui d'un week-end, en toute simplicité et sans prétention. Non. Ceci est un outil de promotion. Maintenant, c'est sûr, ce cher Christophe trouvera assez de gens motivés sur cet ersatz de MMC pour récolter les 15 000 € nécessaires à sa comédie musicale dédiée à Merlin et qui, gageons-le, défoncera ce chef-d'œuvre qu'était Cindy. L'espoir, paraît-il, meurt en dernier.

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AKV

vendredi 1 mai 2009

Anal Cunt – Destination : vide

Le nihilisme transposé en musique, vous imaginez ça comment ?

Imaginons : un portée bardée de pauses et de soupirs, un élégant pianiste en frac, rejetant ses basques d'un geste vif et maîtrisé avant de poser son séant sur le tabouret, devant le clavier et qui, pour toute interprétation, se contente d'effleurer une touche avant de refermer le couvercle. Applaudissements.

Ou alors : un batteur en mode « marteau-piqueur », un guitariste en mode « notes aléatoire », et par-dessus la cacophonie résultante, un vocaliste en mode « grouine » se roulant sur scène et débitant un flot de « paroles » inintelligibles, censées dire quelque chose du genre « tu joues dans une équipe de softball », « ton gosse est difforme » ou « j'ai envoyé des films de camps de concentration à Vidéo Gag ». Consternation.


Dans le microcosme déjà extrême de la musique grindcore, elle-même un aboutissement de la quête de l'anti-Orphée du monde metal, Anal Cunt – ou AxCx pour les intimes et les censeurs – fait figure de pinacle dans le domaine du politiquement incorrect. Parti d'un délire bruitiste dont le but avoué était de « faire la musique la plus merdique possible », le groupe évoluera vers une incarnation de l'offense, avec l'album It Just Gets Worse en guise de point de non-retour.

Si vous êtes choqués par la “Sale pute” d'Orelsan, Anal Cunt devrait logiquement vous révolter. Si vous désirez tester votre tolérance à un humour d'un mauvais goût des plus poussés, Anal Cunt devrait être pour vous l'épreuve ultime. Dans l'univers de Seth Putnam, fondateur et principale tête pensante du groupe, l'insulte gratuite préférée est « gay » : la poterie, le recyclage, la technologie, les fans d'Everclear, tout est gay... Dans cet univers, rien n'est sacré : les femmes, les enfants, les maladies incurables, l'Holocauste, tout y passe...


Quand on parle d' « humour » dans le cas d'Anal Cunt, il ne s'agit pas d'un effet recherché passant par des tournures comiques, une vision perspicace et ironique. La drôlerie passe par l'ahurissement total, ce sourire nerveux et crispé au coin des lèvres quand on entend pour la première fois le cynisme absolu d'un refrain clamant « Your kid is deformed! Oi! Oi! Oi! » et qu'on se dit « ... Mais... comment ils ont osé ? » Le seul rapport qu'on peut entretenir avec Anal Cunt, c'est une fascination mêlée de répulsion. Un critique de Allmusic avait à ce propos fort justement cité Beavis, rock-critic éclairé des temps modernes : « Ils sont à chier, mais ils sont à chier, genre, d'une manière différente et qu'on a jamais entendue avant, alors faut croire que ça les rend plutôt cool. »

Sur scène, le spectacle est tout aussi atterrant, sinon plus, comme en atteste cet enregistrement :



Je ne sais pas ce qui est le plus formidable dans tout ça : les positions acrobatiques d'un Seth Putnam de toute évidence pas très sobre, les guitaristes qui s'accordent – on se demande pourquoi – entre chaque morceau, la somptueuse reprise de “You're Unbelievable”, le batteur qui se lève de derrière son kit pour insulter le public, ou encore ledit public très clairsemé qui se tient à bonne distance de la scène, juste au cas où ? Dix minutes qui changeront votre vie. Si vous tenez jusqu'au bout.

Anti-poètes et anti-musiciens de l'extrême, ils ont tout osé – ou presque – et ils ne comptent pas s'arrêter. En 2004, on pensait que Seth Putnam avait reçu le juste châtiment pour ses vices : suite à une overdose résultant d'un mélange corsé de crack, d'alcool, de héroïne et de sédatifs, il se retrouve dans le coma. Lorsque, une fois remis de cet épisode, Seth remonte sur scène, cloué sur une chaise et incapable de prodiguer ses légendaires pirouettes, la première chanson qu'il interprète est... “You're in coma”.

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AKV

mercredi 22 avril 2009

Why so Fesse-bouc ? (zéro social)

Dans la série «Facebook, vous y viendrez tous», petit extrait d'une correspondance personnelle (le texte à peine retouché pour virer les fautes de frappe et épargner les innocents):

Bah, en ce qui concerne Facebook, ne crois pas que je te jette la pierre: après tout, j'y suis, moi aussi. Pour la petite anecdote, je m'y étais déjà inscrit une fois, à la fin de l'année dernière, sous pseudonyme, après un plaidoyer de Y. à base de «Oui, tu vas voir, c'est magnifique, on peut s'y unir pour de grandes causes, c'est magnifique, regarde Obama, on peut vraiment y faire bouger les choses, c'est magnifique, tu vas voir, c'est formidable». J'ai protesté et contredit, pour la forme, puis j'ai fini par céder: «bon, ok, on va voir ça». Puis, une fois sur place, j'ai tenté l'expérience d'une "mobilisation" pour une activité qui me semblait pas si prise de tête, ludique, utile et que j'avais sobrement intitulée «restaurons la balance karmique du web 2.0». En gros, il s'agissait de reprendre les activités d'un ancien atelier de l'ADEEF en sous-titrant des vidéos de chansons protestataires (post-)soviétiques. Quand, en retour, je n'ai entendu que le souffle silencieux d'un gros vent même pas gêné, j'ai supprimé mon compte en pestant quelque chose du genre «oh et puis allez vous faire voir».

Puis je me suis réinscrit ce week-end, mais c'est pour la bonne cause: [[classé défense]]. Je ferai désormais bon usage de cet outil sociétal: je commenterai les photos de la dernière beuverie en date avec des «lolololol la tronch ke ta juju sr cte foto té tro dechirez mdrrrrr!!!!!!!!!», j'enverrai des poke (le temps que je comprenne ce que c'est exactement) et des boissons virtuelles à mes connaiss... pardon, mes amis (je me fixe un objectif chiffré de 133 personnes à classer dans cette catégorie – c'est pas gagné), je partagerai avec tout le monde des informations essentielles comme «putain j'ai mal à la tête» et je me joindrai à des grandes causes comme «Je déteste les gens qui parlent au cinéma, même pendant les bandes-annonce» ou «Pour que Tony Parker arrête de faire du rap».


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AKV

lundi 20 avril 2009

Lyapis Trubetskoy - Manifest (traduction)

Il était temps de faire quelque chose d'un peu plus Web 2.0... Voici donc une vidéo sous-titrée en français du morceau éponyme de leur dernier album, Manifest, hymne sarcastique dédié au populisme politique.



D'autres vidéos sous-titrées devraient suivre sous peu.

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AKV

samedi 18 avril 2009

Candlemass - Death Magic Doom (2009)

candlemass death magic doom

Si l'on en croit l'expression consacrée de nos voisin britanniques, il faut éviter de juger un livre par sa couverture. On pourrait étendre ce principe au domaine qui nous intéresse et décréter qu'il faudrait éviter de juger un album par son titre. Parce qu'autant l'appellation de Death Magic Doom peut donner l'impression qu'on s'apprête à s'enfoncer dans des clichés tout ce qu'il y a de plus bourbeux, autant le contenu de cette nouvelle offrande de Candlemass dément cet a priori, se révélant être une terre ferme et fertile en bonnes idées.

S'il y a une personne qui marche dessus d'un pas assuré, c'est bien Robert Lowe. Ayant pris la relève in extremis d'un chanteur que d'aucuns jugeaient emblématique et irremplaçable il y a deux ans, le Texan confirme, grâce à ce nouvel album, qu'il est bien plus qu'un ersatz ou un bouche-trous. Même si son timbre n'aura jamais la même chaleur que celui de Messiah Marcolin, il possède sa propre personnalité et une versatilité aisément identifiables, qu'il accompagne des compositions de Solitude Aeturnus ou de Candlemass. Et derrière ce frontman de qualité, tous les autres membres du groupe semble avoir repris de l'assurance, surtout le bassiste-compositeur-parolier Leif Edling. Car même si le fan de Candlemass et de doom traditionnel se retrouvera en terrain bien connu avec Death Magic Doom, Leif s'est surpassé pour donner du caractère à ses nouvelles compositions.

L'album propose la désormais classique alternance entre titres plus rapides et heavy et ceux plus lents et doom, mais le groupe a choisi un nouvel angle d'approche. L'idée dominante est celle des nuances et contrastes : des couplets dépouillés, dont les parties instrumentales se placent en retrait pour mieux mettre en valeur la voix de Lowe, font face à des refrains où toute l'énergie contenue se déverse en un torrent d'accords de puissance assommants ou de doubles croches ravageuses. Et, de manière plus générale, cet album est celui des bonnes trouvailles. Que ce soient les breaks a capella de "If I Ever Die", le pont de "House of a Thousand Voices" ou le final mélodique et inattendu de "Demon of the Deep", il y a presque toujours cette petite touche qui transforme une composition qui aurait été autrement juste sympathique et routinière en une entité pourvue de son propre caractère et marquant l'esprit de l'auditeur. On pourrait presque parler d'une touche progressive, comme dans les deux couplets différents de l'excellent "The Bleeding Baroness" ou le superbe refrain de "Dead Angel".

Tout n'est cependant pas parfait, et le deux titres finaux se révèlent être bien moins intéressants que le reste de l'album, et la démarche générale ne surprendra pas non plus outre mesure toute personne ayant déjà entendu "Solitude" ou "Copernic", mais on peut tout de même parler d'une réussite majeure dans l'exercice de style que le groupe s'est choisi pour Death Magic Doom. Et tant pis si la pochette est un peu moche, car comme on dit en France, l'habit ne fait pas le moine et, rajouterai-je, le chanteur habillé en moine ne fait pas le groupe.

http://www.leseternels.net/chronique.aspx?id=3196

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AKV